Le canapé, l'éclair et la machine
Le 31 mars, j'ai quitté mon job. Franchement, ce n'était pas un drame : je crois qu'une porte qui se ferme, c'est plein d'autres qui s'ouvrent. Quelques jours à me reposer, réfléchir, un moment avec moi-même.
Deux semaines plus tard, mi-avril, je suis affalé dans mon canapé. Ce canapé qui a la forme exacte de mon dos. Il me connaît bien, il m'a adopté. Vague à l'âme ? Non. Je fixe le plafond. Je cherche un signe, peut-être. Les fissures ne m'inspirent pas, elles me dépriment. Quoi faire maintenant ? Le chômage ? Non merci, je préfère encore manger des cailloux.
Et puis ça arrive. Pas une idée : un impact. Un truc qui me traverse le crâne comme un Solex lancé à fond sur une route déserte. Aider les managers et les organisations. Suivre les coachings. Faire mieux. Faire simple. Faire clair.
Je me redresse d'un coup et je fonce vers mon ordinateur. Mon canapé me fixe comme un chien regarde une saucisse. Je ne me retourne pas. L'écran s'allume. Par où commencer ?
Et là, comme si elle m'attendait depuis toujours, une IA me dit :
« On commence ? »
Je ne sais pas si j'ai halluciné ou si elle me provoque déjà. Je me lance. Je lui balance mes idées, mes doutes, mes envies. Elle répond trop vite, trop bien. Comme un guitariste de 20 ans qui sort un solo parfait alors que toi, tu cherches encore ton médiator.
Pas satisfait, j'en ouvre une deuxième. Deux IA. Comme si j'avais besoin d'un groupe de session pour composer un album. Une qui structure, l'autre qui conceptualise, et moi au milieu qui fais semblant de diriger l'orchestre.
Elle prend mes premiers résultats, elle les transforme, elle les sublime. Elle me renvoie une version tellement propre que j'ai l'impression d'être un gamin de maternelle qui montre son dessin à Picasso.
Et là, je sens un truc monter. Un mélange d'excitation, d'incrédulité, de « mais c'est quoi ce délire ». Je ris tout seul. Je marche dans mon salon comme un type qui se sent fort, puissant. Je me dis : « Ce n'est pas possible de faire ça en tête-à-tête avec une machine. »
Mon cœur se met à battre.
PULSE — PULSE — PULSE — PULSE — PULSE
Ce mot tambourine dans ma tête, en boucle, comme un mantra.
